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Hypnosédation : que se passe-t-il vraiment quand on opère sous hypnose ?
28 septembre 2026Par Laetitia Boutefeu
Se faire opérer éveillé, sans anesthésie générale : l'hypnosédation intrigue autant qu'elle inquiète. Née dans les hôpitaux belges, cette technique combine hypnose, anesthésie locale et médicaments légers. Voici ce qu'elle est, ce qu'elle n'est pas, et à qui elle s'adresse.
L'image a de quoi surprendre : une patiente allongée au bloc, les yeux fermés, qui décrit à voix basse une promenade en forêt pendant qu'une équipe chirurgicale opère sa thyroïde. Pas de sommeil artificiel, pas de tube respiratoire. C'est l'hypnosédation — et la Belgique y a joué un rôle pionnier.
Une pratique née à Liège
L'hypnosédation telle qu'on la connaît aujourd'hui s'est développée au CHU de Liège au début des années 1990, sous l'impulsion de l'anesthésiste Marie-Élisabeth Faymonville. L'idée : remplacer l'anesthésie générale, dans certaines interventions bien choisies, par une combinaison de trois éléments.
- Une anesthésie locale du site opératoire, réalisée par l'anesthésiste comme dans toute intervention sous locale.
- Une sédation médicamenteuse légère, à doses nettement réduites par rapport à une anesthésie classique.
- Un état d'hypnose guidé par un soignant formé, qui accompagne le patient tout au long de l'intervention.
Cette approche a ensuite été reprise dans d'autres hôpitaux belges et français, et les travaux menés à Liège — notamment ceux du centre de recherche sur la conscience dirigé par Steven Laureys — ont contribué à documenter ce qui se passe dans le cerveau pendant l'hypnose, à l'aide de l'imagerie cérébrale.
Concrètement, comment ça se passe ?
La préparation commence bien avant le jour de l'opération. Lors de la consultation pré-anesthésique, le patient discute de l'option avec l'anesthésiste. On lui explique le déroulement, on vérifie que l'intervention s'y prête, et on aborde souvent un « lieu sûr » ou un souvenir agréable qui servira de support pendant la séance.
Au bloc, le soignant installe le patient dans un état de conscience modifiée : attention focalisée vers l'intérieur, corps détendu, perception de l'environnement extérieur mise à distance. Le patient n'est pas endormi. Il reste capable de parler, de signaler un inconfort, de répondre si on l'interroge. Mais son attention est largement absorbée ailleurs — dans un souvenir, une sensation, un paysage.
L'équipe chirurgicale adapte alors sa manière de travailler : voix posées, pas de commentaires anxiogènes, vocabulaire choisi. Cette dimension collective est essentielle. L'hypnosédation ne repose pas sur un praticien isolé, mais sur toute une équipe formée à cette façon de communiquer.
Pour quelles interventions ?
Toutes les opérations ne s'y prêtent pas. L'hypnosédation est surtout utilisée pour des interventions de durée modérée, réalisables sous anesthésie locale ou loco-régionale :
- chirurgie de la thyroïde et des glandes parathyroïdes ;
- chirurgie plastique et reconstructrice ;
- certaines chirurgies du sein ;
- chirurgie de la main, actes orthopédiques limités ;
- certains actes en dentisterie, dermatologie, ophtalmologie ;
- examens désagréables ou anxiogènes, comme certaines endoscopies.
Le choix se fait toujours au cas par cas, avec l'équipe médicale. Une intervention lourde, longue, ou nécessitant un relâchement musculaire profond relève de l'anesthésie générale, point.
Ce que l'hypnosédation n'est pas
Première clarification : ce n'est pas une opération « sans rien ». L'anesthésie locale est bien présente, et une sédation médicamenteuse légère accompagne généralement la démarche. L'hypnose ne remplace pas les antalgiques, elle en réduit les doses nécessaires.
Deuxième clarification : ce n'est pas un test de volonté. Certains patients se sentent en échec parce qu'ils « n'y arrivent pas ». Or la réceptivité varie d'une personne à l'autre, et l'équipe reste à tout moment en mesure de basculer vers une anesthésie classique si nécessaire. Ce n'est pas un plan sans issue de secours.
Troisième clarification : le patient garde le contrôle. Il peut parler, bouger un doigt pour signaler quelque chose, demander qu'on ajuste la sédation. L'idée d'un patient « à la merci » de l'hypnotiseur ne correspond à rien de ce qui se passe au bloc.
Pourquoi cette technique intéresse les hôpitaux
Les motivations avancées par les équipes qui la pratiquent sont cohérentes : réduire les quantités de médicaments anesthésiques, limiter certains effets secondaires post-opératoires comme les nausées ou la fatigue prolongée, favoriser une récupération plus rapide. Plusieurs équipes rapportent aussi un meilleur confort psychologique chez des patients très anxieux à l'idée de « s'endormir ».
Il faut rester prudent : les bénéfices dépendent du type d'intervention, du patient et de l'expérience de l'équipe. L'hypnosédation est une option supplémentaire dans la boîte à outils de l'anesthésie, pas une solution universelle.
Et en dehors de l'hôpital ?
L'hypnosédation est un acte médical, réservé à des soignants formés exerçant en structure hospitalière. Elle ne s'improvise pas et ne se pratique pas en cabinet. Si le sujet vous intéresse pour une intervention à venir, la bonne porte d'entrée reste la consultation pré-anesthésique : demandez si l'hôpital propose cette approche.
En revanche, l'hypnose en accompagnement — pour apprivoiser l'anxiété avant une opération, mieux vivre une période de soins, travailler sur la peur des actes médicaux — relève d'un accompagnement en cabinet, en complément du suivi médical. Pour trouver un praticien près de chez vous, découvrez les hypnothérapeutes référencés sur hypnotherapeutes.be. Et si l'envie de vous former vous traverse, la page formation donne un premier aperçu du parcours.
